Réforme
électorale et financement des partis
Le projet
de loi C-16 modifiant la Loi électorale du Canada :
Mémoire présenté au Comité de la
procédure et des affaires de la Chambre
3 octobre 2006
Nous présentons le mémoire soumis par le
Parti marxiste-léniniste du Canada au Comité permanent de
la
procédure et des affaires de la Chambre sur le projet de loi C-
16, loi modifiant la Loi électorale du Canada.
Le projet de loi institue la tenue d'élections
à date fixe. Il
a été déposé à la Chambre le 30 mai
2006 par le leader du
gouvernement à la Chambre et ministre de la Réforme
démocratique
Rob Nicholson. À sa deuxième lecture, le 18 septembre, le
ministre a déclaré que le projet de loi répondra
aux
préoccupations soulevées concernant la situation
où «le premier
ministre peut choisir la date des élections non pas en fonction
nécessairement de l'intérêt supérieur du
pays, mais plutôt de
l'intérêt de son parti politique». La Chambre en a
débattu les 18
et 19 septembre et le projet de loi a été
référé au Comité
permanent de la procédure et des affaires de la Chambre.
Le projet de loi établit que la prochaine
élection générale
aura lieu le lundi 19 octobre 2009, après quoi les
élections
auront lieu à tous les quatre ans le troisième lundi
d'octobre.
La loi donne au Directeur général des élections le
pouvoir de
proposer une autre date au cas où la date prévue par la
loi
coïncide avec un jour revêtant une importance culturelle ou
religieuse ou avec la tenue d'une élection provinciale ou
municipale. Il doit proposer ou bien le mardi suivant, ou bien le
lundi de la semaine suivante. Ces dispositions seront
insérées
dans la Loi électorale du Canada. La première clause de
la
nouvelle section affirme la prérogative du Premier Ministre de
devancer l'élection en cas de vote de non-confiance ou au cas
où
il décide de renouveler son mandat. Elle affirme
également les
pouvoirs de décision du Gouverneur général en
cette matière. Elle
stipule:
«56.1 (1) Le présent article n'a pas pour effet
de porter
atteinte aux pouvoirs du gouverneur général, notamment
celui de
dissoudre le Parlement lorsqu'il le juge opportun.»
Durant ses trois premières sessions, le Comité
a entendu des
représentants du Conseil privé et du ministère de
la Justice et
des représentants de partis à la Chambre des commune et
du Parti
Vert. Les directeurs d'élection du Canada et de la Colombie-
Britannique ont également témoigné. Le
Comité est censé conclure
ses délibérations après sa réunion du jeudi
5 octobre. Il
entendra ensuite un groupe de spécialistes comprenant Andrew
Heard, professeur au département de science politique de
l'Université Simon-Fraser, Louis Massicotte, professeur au
département de science politique de l'Université de
Montréal et
Henry Milner, professeur invité au département de science
politique de l'Université Umea.
* * *
Gary Goodyear
Président
Comité permanent de la procédure et des affaires de la
Chambre
Monsieur le président et messieurs et mesdames du
Comité,
Le Parti marxiste-léniniste du Canada (PMLC) est
heureux d'avoir
l'occasion d'exprimer ses opinions sur le projet de loi C-36, la
Loi modifiant la Loi électorale du Canada en établissant
la tenue
d'élections à date fixe.
Position du Parti
marxiste-léniniste du Canada
Le PMLC a déjà publiquement pris position en
faveur
d'un processus politique et électoral renouvelé qui
comprend la
tenue d'élections à intervalles fixes. Il a soutenu dans
différents
forums que le déclenchement d'une élection ne doit pas
être
l'occasion de lancer une attaque surprise contre les électeurs
déjà
marginalisés. Les élections ne doivent pas être
déclenchées de
manière à privilégier le parti au pouvoir au
détriment des autres
partis ou des candidats indépendants. Le déclenchement
d'une
élection ne doit pas servir au parti au pouvoir de menace pour
saper le rôle des députés en tant que
représentants élus du peuple,
celui de délibérer des projets de loi pour s'assurer
qu'ils servent
le bien public.
Mais le projet de loi C-16 ne s'attaque pas au mode de
déclenchement d'élections de manière à
mettre fin à ces pratiques.
Son but n'est pas de répondre au désir des Canadiens
d'exercer un
contrôle sur leurs députés, sur le parlement et sur
le gouvernement
et d'avoir les moyens d'exercer le pouvoir. Au contraire, comme
d'autres projets de loi présentés au nom du renouveau
démocratique,
le projet de loi C-16 contourne le problème fondamental de
mettre
fin à la domination du processus politique par des partis
politiques et de mettre fin à la concentration du pouvoir entre
les
mains d'un groupe de plus en plus restreint de personnes. Les
modifications instituées au cours des quinze dernières
années, bien
qu'adoptées en disant vouloir rétablir la confiance des
Canadiens
dans les institutions démocratiques, ont en pratique
accentué la
concentration du pouvoir au sommet. Tant qu'on continuera de fermer
les yeux sur le besoin d'investir les citoyens du pouvoir souverain
en mettant à leur disposition les mécanismes qui leur
permettent
d'exercer leur droit d'élire et d'être élu et leur
droit à un vote
informé dans des élections qui sont perçues comme
étant conformes
aux conceptions démocratiques de l'égalité et de
l'équité, les
modifications apportées à la loi ne feront
qu'aliéner davantage les
électeurs et accroître la désaffection politique.
Ce n'est pas une
évidence
Le Parti marxiste-léniniste croit que les
délibérations à la Chambres des communes à
la deuxième lecture du
projet de loi et dans ce comité, jusqu'à présent,
ne sauraient être
considérées comme une enquête sérieuse du
problème à l'étude.
Comme dans le cas de la Loi fédérale sur la
responsabilité, la
tenue d'élections à date fixe est présentée
comme une évidence, une
valeur axiomatique sur laquelle tous s'entendent. Qui pourrait
être
contre la tenue d'élections à date fixe par opposition
à la tenue
d'élections à la discrétion «des conseillers
et consultants qui
agissent dans les coulisses du pouvoir»? Cette façon
d'aborder le
problème limite le débat et permet de faire adopter le
projet de
loi par voie expéditive, comme en attestent les propos du
secrétaire parlementaire du ministre de la Réforme
démocratique,
Tom Lukiwski. Réagissant à des propositions d'amendement
au projet
de loi, il a dit: «Je trouve qu'il est pénible et
troublant de voir
que des députés du Parti libéral du Canada
veuillent s'opposer à ce
qu'on responsabilise les gens de façon à accroître
la transparence
et l'équité à la Chambre des communes.»
Nous ne voyons pas comment on peut prétendre
rétablir la
responsabilité du gouvernement quand on met tant d'empressement
à
passer une loi dont, semble-t-il, personne ne peut expliquer les
tenants et les aboutissants. Alors permettez-nous d'expliquer les
raisons pour lesquelles le PMLC croit, lui, que le projet de loi C-
16 doit être rejeté.
À propos des
avantages attribués à la tenue d'élections
à date fixe
Un des problèmes fondamentaux auxquels fait face le
corps politique canadien aujourd'hui est la perte de confiance dans
les politiciens, les partis politiques, le parlement et l'ensemble
du processus politique. On affirme que l'institution d'élections
à
date fixe contribuera à éliminer ce qu'on décrit
comme étant le
«cynisme» de l'électorat canadien. Parmi les autres
avantages
attribués à la tenue d'élections à date
fixe il y a: une plus
grande participation des électeurs; plus d'équité
dans les
élections; une plus grande coopération entre les partis
politiques
à la Chambre des communes; l'attrait de meilleurs candidats; une
meilleure représentation des femmes dans le gouvernement; et
même
le renforcement de l'économie canadienne.
Mais l'avantage premier qu'on attribue à des
élections à date
fixe est que cela va contrer la concentration du pouvoir dans le
bureau du premier ministre. Finis seront les jours où la date
des
élections est choisie derrière des portes closes par le
premier
ministre et ses conseillers, partant d'intérêts politiques
partisans plutôt que des intérêts du corps
politique, nous dit-
on.
C'est tout à fait faux. Le projet de loi C-16 stipule
clairement
que les dispositions concernant les élections à date fixe
sont
subordonnées «aux pouvoirs du gouverneur
général, notamment celui
de dissoudre le Parlement lorsqu'il le juge opportun». Autrement
dit, cette loi n'enlèvera pas aux partis politiques à la
Chambre
des communes le pouvoir relatif de précipiter le
déclenchement
d'une élection suivant des calculs stratégiques partisans.
Si certains députés reconnaissent que le
projet de loi C-16 ne
limite pas, légalement, le pouvoir du premier ministre, ils
disent
par contre qu'il créera un attente que le parti au pouvoir
n'exercera pas la prérogative royale. On dit que cette attente,
tant à la Chambre des communes que parmi l'électorat, que
le
déclenchement d'une élection à une date servant
des fins partisanes
est inacceptable, limitera la capacité du premier ministre de
déclencher une élection quand il le veut. La
réalité est que les
électeurs considèrent cette pratique comme inacceptable
depuis
longtemps et que cela n'a jamais empêché les partis au
parlement
d'y recourir. En quoi le fait d'enchâsser une attente dans la loi
changera-t-il cette pratique?
Par ailleurs, si le gouvernement qui présente ce
projet de loi
était sérieux quant à mettre fin à la
politique de l'abîme au
parlement, où le déclenchement d'une élection sert
de menace,
pourquoi pratique-t-il lui-même la politique de l'abîme en
ce qui
concerne l'accord du bois d'oeuvre? Alors même qu'était
débattu le
projet de loi C-16, le gouvernement Harper a choisi de faire du
vote sur l'accord sur le bois d'oeuvre une motion de confiance. Il
l'a fait précisément pour faire planer la menace d'une
élection sur
la tête des députés libéraux, dont le parti
ne s'est pas encore
trouvé un chef, et des députés bloquistes parce
qu'il espère
améliorer ses chances électorales au Québec.
L'argument à propos de la création d'une
attente contre le
déclenchement d'élections à des fins partisanes et
que cela
rétablira la confiance des citoyens dans le parlement n'a de
mérite
que si l'on crée chez les gens la conviction que des changements
sont apportés qui répondent à leur désir de
ne plus être
marginalisés. Or, les gens ne verront pas de changement venir
parce
que ce projet de loi ne changera rien.
On a également fait valoir à la Chambre des
communes que cette
attente créera la stabilité politique et permettra aux
députés de
débattre des projets de loi plus librement et de s'y opposer
s'ils
le croient nécessaire sans craindre de précipiter une
élection. Cet
argument non plus ne tient pas. Si le but visé est de
rétablir le
rôle des députés, il faut remettre le pouvoir entre
les mains des
députés plutôt que les partis politiques.
Les événements confirment la perception qu'ont
les gens des
partis politiques à la Chambre des communes en tant
qu'organisations qui agissent uniquement dans leurs
intérêts, et en
particulier qu'aucun d'entre eux ne désire apporter de
changements
qui affaibliraient leur position de privilège et de pouvoir dans
le
corps politique en général et la position
privilégiée du parti au
pouvoir en particulier. Les partis à la Chambre des communes ont
montré qu'ils désirent préserver la
prérogative royale pour pouvoir
s'en servir quand c'est à leur tour d'être au pouvoir.
Ceci étant, l'adoption d'une loi sur la tenue
d'élections à date
fixe et son résultat inévitable prévisible, qui
est que les
élections vont continuer d'être déclenchées
de la même façon
qu'avant, ne feront qu'accroître la perte de prestige et de
légitimité des politiciens, des partis politiques et du
parlement
et créer davantage de mécontentement politique. Cela va
causer
encore plus de tort au corps politique. Encore une fois, les gens
verront que le «renouveau démocratique» a
été transformé en une
manoeuvre de propagande visant à créer l'impression qu'on
répond à
leur désir de s'investir du pouvoir, quand en
réalité on assiste
encore une fois à la concentration du pouvoir politique entre
les
mains d'une poignée.
Les réformes
doivent être guidées par le besoin
d'investir le peuple du pouvoir
À notre avis, les réformes doivent être
informées par
l'essence du mécontentement exprimé par les citoyens lors
du Forum
des citoyens sur l'avenir du Canada (Commission Spicer, 1991) et
lors de la Commission royale sur la réforme électorale et
le
financement des partis (Commission Lortie, 1991). En somme, les
réformes doivent être guidées par le besoin de
mécanismes
permettant aux citoyens d'exercer leur droit d'élire et
d'être élu
et leur droit de participer aux prises de décisions concernant
la
société dont ils dépendent. Et les plus
importantes parmi ces
décisions sont celles qui concernent la façon dont ils se
gouvernent.
Durant les audiences publiques des commissions Spicer et
Lortie,
les intervenants ont fait de nombreuses propositions concernant la
réforme électorale et la réforme politique. Ces
opinions et
propositions ont été mises de côté pour ce
qui est de l'essentiel.
Pourquoi décide-t-on maintenant d'aborder cet aspect particulier
de
la réforme électorale, mais d'une façon qui ne
mène pas à
l'abolition de la prérogative royale et qui n'investit pas les
citoyens du pouvoir, alors que d'autres réformes, comme la
représentation proportionnelle, ou le droit de révocation
et le
droit à l'initiative législative, sont laissées de
côté?
Selon le ministre de la Réforme démocratique,
Rob Nicholson, les
Canadiens ont donné leur opinion sur la question
d'élections à date
fixe dans un sondage Ipsos-Reid. Le gouvernement le cite comme
preuve que sa réforme correspond aux désirs du peuple.
Quand on
sait toutes les questions qui ont été soulevées
sur la réforme
électorale, prétendre que le gouvernement dépose
ce projet de loi
à la demande des Canadiens n'est rien d'autre qu'un argument
intéressé.
Quand a-t-on substitué le recueil d'opinions au
hasard au moyen
de sondages aux méthodes depuis longtemps établies pour
recueillir
et créer l'opinion publique? Les sondages au hasard ne peuvent
se
substituer à la participation des citoyens aux
délibérations. Si on
leur fournit l'information pertinente, les citoyens et les
députés
peuvent présenter des arguments raisonnés et
cohérents sur les
sujets débattus et tirer les conclusions qui s'imposent.
En fait, une des objections soulevées dans ces forums
était
précisément la prépondérance des sondages
et le fait qu'ils servent
à créer des justifications qui correspondent à ce
que le
gouvernement veut faire. Pour citer un intervenant à la
Commission
Spicer: «Nous avons la parole seulement deux fois par
décennie.
Après, nous devons souffrir l'indignité de se faire dire:
'Les
citoyens du Canada ont voté et par conséquent...' Nous
avons appris
à nous méfier de cette méthode. Ce n'est pas aux
politiciens de
changer les éléments de structure du pays... Ils doivent
écouter le
peuple plutôt qu'une panoplie de conseillers. Cela ne peut pas se
faire par sondage. Socrate a démontré que la question
annonce la
réponse.»
La façon dont a été introduit ce projet
de loi sur des élections
à date fixe amène à se demander quels sont les
motifs de ces
réformes. Entre autres, beaucoup s'inquiètent que le
dépôt de cette
loi soit motivé par la tendance à l'intégration du
Canada, des
États-Unis et du Mexique dans une Union nord-américaine.
Plusieurs
développements récents justifient cette
inquiétude. Il y a eu la
signature du Partenariat pour la sécurité et la
prospérité par
l'ancien premier ministre Paul Martin et sa réitération
par le
premier ministre Harper. Puis, plus récemment, on apprenait la
tenue de réunions secrètes de ministres,
généraux et PDG de ces
trois pays pour discuter de «prospérité
continentale dans un nouvel
environnement de sécurité». Et maintenant, selon
des documents qui
viennent d'être divulgués, on apprend l'existence d'un
projet de
gouvernement nord-américain. À notre avis les doutes sur
un lien
possible entre le dépôt du projet de loi sur les
élections à date
fixe et les plans d'intégration nord-américaine ne
relèvent pas de
la théorie de la conspiration.
Au sujet de la convention
sur la confiance
Le PMLC s'inquiète également du mépris
évident
exprimé pour la théorie politique sur laquelle est
fondé le système
politique actuel. Bien que le PMLC croit que cette théorie
politique soit dépassée et que sa méthode pour
établir la
représentation et le gouvernement responsable appartient
à une
époque où seuls les hommes blancs de
propriété avaient le droit de
vote, le mépris démontré envers les fondements
théoriques du
gouvernement responsable a de quoi soulever des soupçons. Selon
nous il ne peut s'agir que d'une tentative de cacher la
concentration du pouvoir entre les mains d'un groupe de plus en
plus restreint de personnes.
Il est évident que la tenue d'élections
à date fixe est
contraire au principe du système de Westminster, selon lequel le
Cabinet doit conserver la confiance de la majorité à la
Chambre des
communes. C'était aussi la conclusion de l'étude
réalisée en 1984
par Eugene Forsey et Graham Eglington pour le Comité
spécial sur la
réforme de la Chambres des communes intitulée: The
Question of
Confidence in Responsible Government. Une section de cette étude
était intitulée: «A Fixed Term for the House of
Commons? No!» (Un
mandat fixe pour la Chambre des communes? Non!) Ses auteurs
soutenaient que l'institution d'élections à date fixe
obligerait à
modifier la Constitution et qu'un mandat de durée fixe pour la
Chambre des communes «contribuerait davantage à la
domination du
pouvoir exécutif de la Chambre». Or, on nous dit qu'un
mandat de
durée fixe pour la Chambre des communes va affaiblir la
domination
du pouvoir exécutif et que c'est une affaire purement
administrative qui ne requiert pas de changement constitutionnel.
Le premier ministre Stephen Harper a déclaré que les
changements
proposés par son gouvernement sont d'«ordre
pratique» et leur
attribue la qualité spéciale de pouvoir «être
mis en oeuvre sans
entreprendre des négociations constitutionnelles de grande
envergure».
Qu'ils soient d'ordre pratique ou non, qu'ils soient
substantiels ou non, il ne fait pas de doute que cela touche au
cadre constitutionnel qui informe le processus politique. À cet
égard, le débat sur le projet de loi C-16 contourne une
des
questions les plus fondamentales, soit la base constitutionnelle du
processus électoral et politique, sa tendance inhérente
à la
concentration du pouvoir dans le Cabinet et du bureau du premier
ministre et le maintien des pouvoirs d'un souverain étranger.
Il reste que ces réformes introduisent
l'incohérence dans le
fonctionnement des institutions politiques et dans le processus
électoral et que cela est porteur de conséquences
imprévues.
Autres aspects
Une des conséquences imprévues est l'impact
d'élections à date fixe sur le régime de
financement politique.
L'examen des dispositions sur le financement établies par la loi
C-
24 révèle que, sous prétexte d'éliminer
l'«influence indue», les
partis politiques se transforment en institutions d'État.
D'organisations politiques primaires devant être le noyau du
gouvernement représentatif et responsable, ils deviennent des
instruments entre les mains des élites pour la poursuite de
plans
discutés derrière des portes closes et sujets à
aucune délibération
parmi les membres des partis politiques, sans parler de
délibération parmi la population.
La loi C-24 a été adoptée par le
gouvernement libéral de Jean
Chrétien avec un amendement appporté par le Comité
permanent de la
procédure et des affaires de la Chambre à l'effet de
soumettre le
régime de financement politique à examen. Le Directeur
général des
élections devait présenter le résultat de cet
examen dans son
rapport statutaire et a informé le parlement qu'il fallait une
période de temps suffisante pour faire cet examen comme il faut.
L'examen n'était pas encore fait que le gouvernement Harper a
déposé le projet de loi C-2, la Loi
fédérale sur la responsabilité,
qui amène d'autres modifications au régime de financement
dont
l'impact demeure inconnu.
Le récent cas concernant les frais d'admission au
congrès du
Parti conservateur et les allégations au sujet de l'acceptation
de
contributions illégales par le Parti conservateur montrent que
ce
dernier est tombé dans son propre bourbier. Au lieu d'avaler son
remède et d'arrêter les réformes à des fins
intéressées, c'est
l'esprit de crapule qui prend le dessus. On le voit entre autres
dans le fait que des officiers du parti, dont plusieurs
députés,
défient ouvertement l'interprétation depuis longtemps
établie de la
Loi électorale du Canada par le Directeur général
des élections
concernant les frais d'admission aux conventions de parti. Ils
disent que leur interprétation est aussi bonne que la sienne. On
imagine ces officiers de parti à une joute de hockey contester
les
décisions de l'arbitre et dire que c'est leur droit. C'est du
crapulisme et ça ne saurait être considéré
comme une conduite
acceptable.
Le projet de loi C-16 n'est pas sans conséquence pour
le régime
de financement politique. Le PMLC croit que la tenue d'élections
à
date fixe va créer le chaos dans le régime de financement
électoral. Les campagnes électorales s'étendent
déjà bien au-delà
de la période électorale à laquelle sont
censées se limiter les
dépenses électorales. La tenue d'élections
à date fixe va sûrement
l'allonger davantage et créer encore plus
d'inégalité des chances.
On n'a pas tenu compte des conséquences du projet de loi C-16
à cet
égard. L'affaire est réduite à des commentaires
à l'effet que les
Canadiens seront assujettis à des campagnes électorales
prolongées
à l'américaine, tandis que d'autres disent que ce ne sera
pas le
cas et d'autres encore que ce sera excellent puisque les
bénévoles
des partis pourront mieux planifier leurs périodes de
disponibilité.
L'institution d'élections à date fixe ne
contribue pas non plus
à corriger le déséquilibre qui assaille le
système parlementaire
canadien depuis l'élection générale de 1993.
À l'époque, l'échec à
résoudre la crise constitutionnelle de la
fédération canadienne
avait brisé la stabilité d'un système
parlementaire constitué d'un
parti au pouvoir et d'un parti dans l'opposition avec une
représentation nationale. La crise des grands partis a
empêché le
rétablissement de cet équilibre. Les déclarations
à l'effet que les
élections à date fixe vont rétablir la
stabilité du système
politique ne font pas de sens à la lumière de cette
réalité. Le
fait demeure que le tapis a été tiré sous les
pieds du parlement
fondé sur la base d'un parti au pouvoir et d'un parti dans
l'opposition et que tout cela met en lumière le besoin de
réformes
qui corrigent ce problème et d'autres plutôt que de les
aggraver.
Retour sur les
décisions de la 38e législature sur le
besoin
d'un examen de notre système électoral par les citoyens
et
parlementaires
Nous aimerions rappeler aux membres du Comité
permanent de la procédure et des affaires de la Chambre
qu'à la 38e
législature du parlement canadien, ce comité recevait la
directive,
dans le Discours du Trône, de «recommander un processus qui
engage
les citoyens et les parlementaires dans une étude de notre
système
électoral en procédant à un examen de toutes les
options».
Le Rapport final du Comité permanent de la
procédure et des
affaires de la Chambre se lisait entre autres:
«[...] malgré différentes approches de
l'étude de la réforme
électorale, il est clair qu'aucun des changements
contemplés ne
peut être apporté sans l'engagement citoyen. Une bonne
stratégie de
consultation permettra de faire en sorte que le processus soit
objectif, transparent et responsable, et perçu comme tel.
L'engagement citoyen donne également de la
légitimité aux
recommandations qui sont faites. Le système électoral
doit refléter
les points de vue, les priorités et les valeurs des Canadiens et
leur participation est essentielle.»
Ce rapport a été approuvé par les
membres néo-démocrates et
libéraux du Comité permanent, tandis que le Parti
conservateur et
le Bloc Québécois ont soumis des rapports
complémentaires. Le
Comité a proposé un processus dans lequel «un
groupe consultatif de
citoyens ferait des recommandations sur les valeurs et les
principes que les Canadiens aimeraient voir dans leur système
démocratique et électoral». Il proposait que la
prise de décision
finale appartienne au parlement, car «à la fin, toute
décision de
changer le système électoral est une décision
politique», ce qui
veut dire que seuls les politiciens peuvent décider.
Lorsque le Bloc Québécois a soulevé
certaines questions à propos
de la méthode utilisée, c'est-à-dire que le
«groupe consultatif de
citoyens» serait nommé, et fait valoir qu'on ne pouvait
pas faire
confiance aux libéraux à cet égard, le Parti
conservateur a publié
un rapport complémentaire en faveur d'une plus grande
participation
des électeurs. Il s'est dit en faveur de la création
d'une
«assemblée nationale de citoyens suivant le modèle
utilisé pour
élaborer des réformes électorales en
Colombie-Britannique». Il
faisait valoir qu'une des raisons du succès de
l'Assemblée des
citoyens de la Colombie-Britannique est qu'elle ne pouvait être
accusée d'être «motivée par des
intérêts partisans, un désir de
protéger des intérêts spéciaux ou un groupe
d'intérêts spéciaux, ou
par la pression de réaliser l'accommodement des élites
aux dépens
du bien général». Le Parti conservateur
prévoyait dans son rapport
complémentaire une situation dans laquelle un gouvernement
conservateur pourrait être au pouvoir et déclarait
qu'«un
gouvernement conservateur n'instituerait aucune proposition de
changement substantiel du système électoral sans
être avalisé par
un référendum national».
Faut-il croire que le dépôt d'un projet de loi
pour la tenue
d'élections à date fixe n'est pas «un changement
substantiel» du
système électoral qui n'a, par conséquent, pas
besoin d'être soumis
à un référendum national? Si c'est le cas,
où ont eu lieu les
délibérations qui ont conclu que ce n'était pas
substantiel? Dans
ses délibérations sur ce projet de loi, les
députés à la Chambre
des communes n'ont pas discuté de la portée ou de la
signification
de ce projet de loi. Que faut-il penser de le l'honnêteté,
de la
sincérité et de la responsabilité des
conservateurs qui semblent
avoir oublié les déclarations faites dans leur Rapport
complémentaire? Il semble que les libéraux, le NPD et le
Bloc
Québécois aient également abandonné leurs
décisions au sujet du
besoin d'engager la participation des citoyens quand il s'agit de
décider du type de système démocratique et
électoral qu'ils
veulent.
En conclusion, nous pressons le Comité permanent de
la procédure
et des affaires de la Chambre à revoir la recommandation de la
38e
législature du parlement canadien sur le besoin d'«un
processus qui
engage les citoyens et les parlementaires dans une étude de
notre
système électoral en procédant à un examen
de toutes les options».
De plus, nous recommandons le rejet du projet de loi C-16.
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